Pourquoi tu devrais aller à Shanghai ?

Si la Chine n’est pas forcément une destination qui attire, il n’en demeure pas moins que plus d’un milliard de personne y vive, quasi à huis clos , enregistrant l’une des plus incroyables expansions économiques à l’échelle d’une vie humaine. Pourtant une exception subsiste dans un pays marqué par ses traditions et son histoire : Shanghai. Une ville tournée vers l’avenir, où l’on ne trouve que de rares traces de son patrimoine historique, pour aller rivaliser avec les villes les plus cosmopolites du monde à grands coups de buildings faramineux (la Tour de Chine sur la nouvelle ville de Pu Dong sera la 3e plus haute tour du monde) et d’une toute nouvelle politique d’ouverture économique sur le monde, en créant une Free Trade Zone.

Shanghai est une ville où la Chine observe le monde, et où le monde s’intègre en Chine. 

(Enfin, il essaye.)

 

La ville attire donc des expatriés du monde entier qui sont, chaque année, de plus en plus nombreux à investir ce pôle asiatique incontournable. Et comme tous bons nomades, ils apportent avec eux un bout de leurs cultures, histoire de retrouver quelques repères aux antipodes de notre civilisation.

Alors, dans un pays où la Dance Culture n’a jamais existé, il est surprenant de voir une ville offrant autant de possibilités aux noctambules que nous sommes. Club fancy à grands coups de VIP, de show-off et de musiques commerciales, teuf underground où la musique électronique se façonne, et after déjantés qui rassemblent tout ce joyeux bordel bien orchestré. Oui, les nuits de Shanghai n’envient pas celles de ses soeurs mégalopoles. Quoi que…

Au travers de cette série de deux articles se reflète mon expérience de 5 mois de nuits Shanghaïene, et j’aime à penser qu’elle est plutôt significative de la réalité. Je m’appuie pour cela sur des témoignages : celui de Roo (Alias James Lealand) DJ expatrié anglais, membre très actif de la scène underground depuis plus de 4 ans, et celui de Pierre, manager évènementiel dans la boîte de RP et de production d’évènement « Don Nico », qui travail avec les clubs les plus connus de la ville.

Deux mondes différents, complémentaires, qui témoignent de l’évolution fulgurante de la culture club dans la mégalopole la plus fascinante du monde.

Sortir à Shanghai, une nouvelle idée du Clubbing
Sortir à Shanghai, une nouvelle idée du Clubbing

Se prendre une cuite dans les carrés VIP

Le Myst, le M1int, le M18, le Muse, le Mook, le Bar Rouge, le S2, le Lynx, le M2 … Toutes ces boîtes plus ou moins VIP ont un point commun: on y voit des groupes de chinois payer des dizaines de bouteilles de champagne saupoudrées de magnums de Cognac. Et ce n’est en rien un hasard, quand on sait que dans la majorité des cas, notre savoir faire en matière de spiritueux n’est pas franchement apprécié à sa juste valeur en Chine.

Revenons donc quelques années en arrière. Le directeur du groupe M2 trouve une idée lumineuse pour inciter à la consommation : le champagne. Car le fameux mode de vie à la française inspire le peuple chinois, si bien que les plus aisés sont prêts à payer le prix fort pour s’en offrir une tranche. Et pourtant, personne ne buvait de champagne en Club à Shanghai. Les premières bouteilles apparaissent à prix accessible, axé sur des produits jouissant d’un marketing suffisamment aboutit pour vendre, mais boudé par les occidentaux pour leurs piètres qualité gustative.

Mais pourquoi le champagne ? C’est un symbole du Lifestyle français, et c’est un symbole qui se consomme très vite. A l’instar des liqueurs plus fortes qui se boivent plus lentement, comme le whisky, on en recommande plus, plus vite. En terme de business, c’est tout bénéf’.

Les prix augmentent, les produits proposés deviennent de plus en plus premium, et l’on voit aujourd’hui des chinois se payer des bouteilles de Dom Pe’ par baquet de 50 ! Preuve que la formule séduit. Mais attention à ne pas s’y méprendre : dans la grande majorité des cas, 10 sont payés pour consommer: les 40 autres sont … des locations. Ni plus ni moins que des bouteilles pour faire beau sur la table.

Sortir à Shanghai, une nouvelle idée du Clubbing
Sortir à Shanghai, une nouvelle idée du Clubbing

Lors d’une soirée au Muse On The Bund, un client se pointe seul, et d’un simple signe au serveur, se fait emmener des dizaines de bouteille de champagne, accompagné de quelques demoiselles sorties de nulle part. Un autre business inavoué : pour 800RMB vous pouvez vous offrir de la compagnie locale à votre table. Comptez 1200RMB pour une « modèle » occidentale. Et si les prix sont officieux, le simple fait de leur existence parle de lui même.

Pour attirer les clients fortunés, certains Club n’hésitent pas à payer des mannequins – homme et femmes – pour venir boire à une table. On pourra citer le Lynx qui paye les modèles 800RMB pour 3 heures de présence. Certains, l’ont bien compris, et viennent 3 mois se faire payer pour être rincer tous les soirs et enchainer des shooting photo plus ou moins bidon.

Ces nanas ne viennent pas de nulle part, les boîtes font appel à des agences de mannequinat, voir même des agences d’événementiel qui mettent leurs réseaux à profit pour assurer ce type de prestation.

Boire à la bouteille gratuitement en Chine

Mais pour élargir le champ des possibilités, les boîtes de nuit sont allées encore plus loin. Pour toucher une nouvelle clientèle, et donner une image plus « fancy » à leurs établissements, les directeurs de clubs ont commencé à proposer à leurs prestataires des tables gratuites destinées à une clientèle d’expatriés : venez avec un promoteur, et on vous rincera à coup de bouteille toute la nuit, gratuitement. Quel est l’intérêt me demanderez vous, payer des prestataires pour faire venir boire des clients gratuitement … On s’approche du non sens. Toute soirée inclus dans sa prévision un budget de communication. Et ce n’est ni plus ni moins ce que ces tables de RP sont : un investissement com’. Avoir des expat’ dans une boîte, c’est cool. Ces tables sont donc au final un show inclut dans le prix que payent les clients les plus fortunés : des expatriés bien habillés, de jolies filles qui dansent … Et on n’hésite pas à faire boire ce petit monde pour assurer une ambiance festive dans la boîte : des bouteilles d’alcool de marque arrivent déjà ouvertes sur les tables, mêlée aux alcools chinois à base de riz. L’illusion persiste (et ça pique la gueule le lendemain) N’ayez donc aucun sentiment à épuiser le stock de bouteilles de ces promoteurs: les Club les payent entre 1,20€ et 3,50€ !

Ce système commence néanmoins à perdre son souffle. Pourquoi donc les clubs iraient payer des agences externes quand il est possible d’avoir ses RP attitré ? C’est ce qu’on commence à constater : les clubs proposent de payer 2 fois le salaire des promoteurs par personne sur la table pour maîtriser sa communication. Il en est de même pour les « mannequins ».

Et quand le nom du club n’est plus à faire et qu’on a étoffé son carnet d’adresse, on supprime les tables promoteurs et on ressert les portes : la sélection se fait plus dure à l’entrée, mais les réservation de tables se font toujours autant, avec cette fois-ci, le gratin des expatriés. La boucle est bouclée: un club select’ avec des expatriés friqués mêlés à une clientèle chinoise fortunée. Un exemple typique est celui du Bar Rouge, un lieu réputé pour sa superbe vue sur la nouvelle ville de Pu-Dong.

Le Bar Rouge est le Club de Shanghai le plus connu au monde
Le Bar Rouge est le Club de Shanghai le plus connu au monde

Jusqu’en 2013, le Club était le terrain de jeu des promoteurs. Depuis, le nom de cet établissement mondialement connu n’avait plus besoin de ce système pour faire son beurre, hommes d’affaires et célébrités étant devenus une clientèle habituelle. Et c’est même une marque de différenciation pour un public toujours plus exigeant : une soirée « VIP » entre « VIP ». Même si le Club ouvre à 18h et propose sa terrasse aux touristes du Bund afin d’entretenir la réputation du lieu, on pourra croiser quelques célébrités ou éventuels mannequins les soirs de Week-End.

Ainsi, les sociétés qui basaient l’essentiel de leurs activités sur les clubs se tournent de plus en plus vers l’événementiel, le vrai. Nouveaux concepts, nouveaux lieux, nouvelles cibles.

Shanghai: le nouveau Miami ?

Le M2 nous a présenté de jolies dates : Sven Väth, Richie Hawtin ou Paul Kalkbrenner… Le cas de ce Club est intéressant, lors de ces soirées la clientèle chinoise habituée des coins VIP rencontre celle des teufeurs occidentaux technoïdes. Et vice-versa. Entre orgie champagnesque et Musique De MAlade, chacun reste de son côté comme intrigué.

Le concept de festival se démocratise de plus en plus, et on entend parler d’investisseurs prêts à allonger pour recevoir des événements comparables à celui de l’Ultra Music Festival. L’agence Don Nico en a d’ailleurs rencontré les fondateurs, histoire de préparer le terrain.

Mais déjà, les festivals se développent à Shanghai et en Chine : Le Strawberry, le MIDI Festival, le Great Wall Festival, l’Electric Circus … Et le projet The Mansion Family organise même le tout premier festival de musique électronique et de culture alternatives de l’histoire de Chine sur la Grande Muraille ! Rien que ça !

On voit aussi apparaître des Pool-Party, des Beach-Party (oui, à Shanghai) ou des events privés dans des appartements de malades, sans compter les soirées vraiment underground (voir littéralement)…

Tous ces nouveaux événements montrent que la place de la musique deviendra de plus en plus prépondérante. Et une nouvelle manière de faire plus de business par la même occasion.

Selon moi, Shanghai deviendra une destination Clubbing comparable à Miami. Tous les ingrédients y sont réunis : restaurants occidentaux, des dizaines de centre commerciaux de luxes, hôtellerie haut de gamme, Clubs équipés et design, public cosmopolite, DJ, champagne & Carré VIP, investisseurs, business, argent…

Il n’y a pas une ville comparable à Shanghai en Chine. L’exception qui infirme la règle. Bonne ou mauvaise chose, c’est un autre débat.


La semaine prochaine je vous parlerai de l’autre visage de Shanghai la nuit : les soirées Underground qui posent de sérieuses bases dans la musique électronique en Chine.

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