C’est classe. Original. Parfait.

Comme vous, lecteurs de si bon goût si vous êtes ici, et malgré tout, vous ne connaissez pas encore Barnt ? Pas d’inquiétude : il passe en France, au Festival « Cabourg mon amour » le samedi 25 juillet afin de vous permettre de combler ce vide. Culturel évidemment.

Mais alors, pourquoi est-il si exceptionnel ?

Laissez-moi vous faire une présentation rapide de ce bonhomme avant-gardiste : A Cologne, dans les années 2000, alors que ses camarades écoutaient de la grunge ou du rock, il explorait déjà la techno ; quand les autres ont découvert la techno, il s’est intéressé au hip-hop (en participant aux championnats des DJ DMC à échelle nationale) ; quand tout le monde est allé à Berlin pour vanter la minimal, attiré par les genres opposés, il a remonté le temps pour se plonger dans les débuts de la musique électro allemande, pointilleuse, et du rock germanique, plus sauvage.

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C’est certainement ce côté atypique de Daniel Ansorge (aka Barnt) qui fait qu’il est aujourd’hui un des producteurs les plus remarquables de ces dernières années.
Avec sa musique, des milliers de possibilités s’offrent à vous : depuis ses débuts en 2010, sa techno, parfois étrange ou abstraite, déroutante ou psychédélique, est toujours hors norme ! Il propose des sons mécaniques, des synthés aux sonorités glacées, qui oscillent entre techno minimaliste et métallique. Si vous pensez que ça sonne contraire à la musique de Cologne (et la douce techno-pop qui nous vient inévitablement à l’esprit quand on pense à cette ville et son label caractéristique Kompact), vous avez raison. Mais comme je vous le disais, Barnt est exceptionnel, il veut jamais rien faire comme les autres.

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Jugez par vous-même :

Il a expérimenté très tôt la musique ; déjà adolescent, il s’immisçait dans les clubs de sa ville natale, Kiel. Souvent installé dans la cabine de Djs (comme Sven Väth), il avait pour habitude de leur demander ce qu’ils mixaient. Depuis, Barnt ne fait plus la différence entre le club et son chez-soi, déclarant que, contrairement à beaucoup d’autres, il écoute volontiers de la musique de club chez lui. Ça explique peut-être pourquoi ses tracks sont de lentes explosions, qui invitent ceux qui l’écoutent à se perdre dans des synthés qui vous hérissent le poil et des grooves glissants.

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Mais alors, comment fait-il pour briller derrière les platines ?

Pendant les championnats DJ DMC, il a pu prouver ses compétences, ce qui l’a peu à peu amené à faire de la production. C’était il y a environ 7 ans, on peut donc se dire que Barnt est un débutant en tant que producteur. Que nenni ! Il a peaufiné son métier pendant pas mal de temps ! En tant que Dj, il a encore plus d’expérience, puisque pendant des années, il a joué dans des clubs locaux, à Cologne, et occasionnellement dans des endroits comme Düsseldorf. Et alors qu’aujourd’hui, on devient dingue lorsqu’un Dj joue un set de 3 heures d’affilée, il lui arrivait, régulièrement, de jouer des sets de 12 heures, ce qui paraissait normal à tout le monde… La belle époque !

Le catalyseur qui lui a valu une renommée internationale presque du jour au lendemain est survenu il y a environ 4 ans, quand Daphni a balancé une track de Barnt dans son podcast Resident Advisor. Peu de temps après, « Greffen » – un morceau encore très joué – est sorti sous le label de Matias Aguayo, Comeme.

Tous deux se sont rencontrés peu de temps après l’arrivée d’Ansorge à Cologne. Ensemble, et avec un de leurs amis, Christian S, ils ont organisé des événements un peu spéciaux, comme un mini festival dans un snack en plein milieu d’un parc. Un de ces événements a vu Rebolledo faire ses débuts en Europe, un autre a vu paraître l’inconnu d’alors « Greffen ». Lorsque Matias Aguayo l’a entendu la première fois, il aurait demandé le CD-R à Barnt directement après son mix !

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Les choses se sont alors passées très rapidement : le résident de la Fabric Daniel Avery s’est dit être totalement fan, et Optimo était si épris de sa musique que le duo lui a demandé de faire un remix d’un de leurs morceaux en vue de leur Boiler Room ; puis Joy Orbison (producteur du label Hinge Finger) a appelé. Mais il lui a fallu plus d’un an pour sortir la musique qui fera le nouvel EP « His Name », sorti sous le label Hinge Finger en octobre 2014.

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« Gros flemmard !! », penserez-vous (je vous vois venir).

Mais je me dois de vous rassurer : Barnt n’est pas quelqu’un qu’on peut hâter, il n’aime pas que le processus créatif soit brusqué. Voilà pourquoi, habituellement, il ne produit que sous son propre label, ou Comeme. Ça ne l’oblige pas à venir tous les jours au studio ; il préfère y être quand il le veut. Désir peut-être hérité de sa formation artistique : il est évident qu’on n’a pas de nouvelles idées tous les jours. L’artiste dit préférer faire d’autres choses à la place dans ce cas, comme aller au musée, lire un livre inspirant, qui peuvent deux semaines plus tard lui donner une idée, plutôt que rester assis au studio à vouloir absolument finir un morceau.

Il est pourtant clair que Barnt était inspiré lorsqu’il a écrit Magazine 13, son premier album, un travail conséquent qu’il a fait en l’espace de quelques mois l’été dernier. Sa double formation, artistique et biologique, lui donne une approche intéressante  des choses : à la fois créative et scientifique, qu’on retrouve dans ses morceaux. Il confie avoir toujours les dancefloors à l’esprit quand il produit. Ce qui explique pourquoi l’album fonctionne aussi bien à écouter dans des backrooms que dans des écouteurs pendant une bonne ballade automnale. Il est bien rythmé, sans hâte, ni chichis. Les mélodies se déroulent lentement et glissent dans notre cerveau ; des notes minces et glaciales se balancent au-dessus de tambours militaires ; et il y a des nuances de tout, de Kraftwerk à ELO, au milieu de lignes de synthés futuristes et tristes. Barnt lui-même affirme ne pas utiliser beaucoup d’effets, qui selon lui, sont si caractéristiques qu’on n’entend plus qu’eux, et plus la source sonore. Pas d’ornements dans sa musique donc. À vous, donc, les joies de l’écoute de sa musique d’un air pensif dans les lieux publics pour impressionner la plèbe. N’hésitez pas à fumer la pipe en même temps pour appuyer votre jeu d’acteur et rendre fou de jalousie l’ensemble du voisinage.

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A part sa propre musique, l’autre exutoire créatif pour Ansorge est son label, Magazine, qu’il dirige avec John Harten (aka Crato) et Jens-Uwe Beyer, deux vieux amis qui étaient partis de Kiel avec lui pour Cologne. C’est un projet stylistiquement ciblé, et ses fondateurs ne sont pas seulement stricts sur qui et ce qu’ils produisent : avant de parler musique, des liens doivent être créés entre les artistes.
Après être passé par beaucoup de métiers différents, il ne travaille donc maintenant que pour la musique et il adore ça, mais il ne le prend pas pour acquis : il a décidé de ne jamais dépendre financièrement de sa musique ou de l’art.

Aujourd’hui, Il vit toujours dans l’atmosphère fructueuse de Cologne, où son style original, qui l’a déjà mené de Robert Johnson à Trouw, du Festival de Jazz de Montreux à Mutek México, du Berghain au Burning Man Festival, ne cesse d’évoluer.