Voiron fait partie de cette scène acid française peu reconnue, que le label Acid Avengers s’attache à mettre en avant grâce à des sorties et des soirées. C’est d’ailleurs lors d’une de ces soirées que nous avons rencontré Voiron, accompagné de Jaquarius, co-DA d’Acid Avengers qui jouait aussi ce soir là.

INTERVIEW

Voiron

SweetLife : Salut Voiron, peux-tu te présenter rapidement pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Voiron : Je m’appelle Valentin Voiron. Voiron c’est mon nom de famille, peu de gens le savent. Quand je jouais en Pologne par exemple, les gens disaient Voiron avec un accent anglais, ils pensaient que c’était un nom cool d’extraterrestre (Rires). Donc voilà, Voiron, je fais de la techno depuis un moment, plus ou moins sérieusement.

SweetLife : Tu disposes déjà d’une bonne notoriété mais tu n’as pas de profil Resident Advisor, cas assez rare pour être souligné, c’est un choix de ta part ?

Voiron : En fait j’en ai une de mon pseudo d’avant qui est peu connu, Pathetik, à l’époque où ce n’était vraiment pas sérieux du tout. Je n’en ai jamais refait mais je n’ai pas l’impression que ce soit trop influent en France. J’ai écouté beaucoup de podcasts Resident Advisor pendant un moment mais sinon c’est un site où je ne vais jamais, je ne sais pas trop ce qu’ils font. C’est vrai que lorsque tu es dans une ville que tu connais pas pour les soirées c’est pratique mais j’ai vraiment l’impression qu’en France cela ne prends pas trop, par rapport à l’Angleterre par exemple où c’est hyper influent. J’ai aussi l’impression que cela à moins d’influence qu’à une époque. J’ai vraiment saigné les 50-60 premiers podcasts, et j’avais vu un peu l’actualité avec les 500èmes. Mais pour être honnête je n’avais même pas pensé à me refaire une page. J’ai l’impression que Facebook est plus puissant.

Jaquarius : J’ai juste l’impression que sur Resident Advisor il n’y a que des gens qui font de la techno qui y vont. Peut être que je me trompe mais j’ai vraiment cette impression.

SweetLife : Quand j’écoute tes morceaux, je pense notamment à Legowelt, AUX88, Ceephax, Aphex Twin, ce sont des influences que tu revendiques ?

Voiron : Bien sûr, mes artistes préférés ça a toujours été Aphex Twin pour les sons un peu mélodiques, ouvriers, un peu bizarre. Après il y a forcément Drexciya, AUX88, tous les sons électro dans le genre, hyper « scientifiques ». Enfin il y a les conneries belges, rave du début des années 90 qui sont beaucoup plus naïfs, débiles.

Sinon j’aime aussi la scène de Chicago, toute la scène anglaise breakbeat, UK, hardcore. Mais finalement ça je le lie à Aphex Twin et aussi à la scène belge.

Pour résumé, les piliers c’est toujours Dopplereffekt, Drexciya, Aphex Twin, R&S… C’est vraiment pas originale mais j’écoute tout le temps ça. Surtout Aphex Twin.

SweetLife : Tu as l’air très branché internet, nouvelles technologies, et pourtant tu gardes ce côté analogique, à l’ancienne, dans tes productions. Comment expliques-tu ce paradoxe ?

Voiron : J’ai eu beaucoup de synthétiseur analogique mais finalement j’en utilise de moins en moins, j’en ai même presque plus à la maison. Par contre, quand j’utilise des plug-in je recherche un peu ce genre de son c’est vrai. Cependant, quand j’écoute des sons comme ça qui ont plus de 20 ans maintenant j’ai l’impression que c’est bien plus le futur que le passé. Un vieux morceau techno de Plastikman pour moi c’est les extraterrestres, le futur, le rétrofutur quoi. Quand j’écoute Dopplereffekt, pour moi c’est la musique dans 20 ans. Peut-être que je me trompe, car je n’écoute pas du tout la nouvelle scène et ce qui se fait en musique actuelle vraiment expérimentale.

Ton soundcloud est une mine d’or…

Voiron : (Il coupe.) C’est une poubelle un peu, un carnet de brouillon (Rires)

SweetLife : Il y a des morceaux finis, mais pas que. Il y a des tests, du lol, d’autres trucs… Un morceau s’appelle d’ailleurs The Abyss of my Hard Drive. Comment tu décides ce que tu partages et ce que tu gardes pour toi ?

Voiron : Je partage quasiment tout en faites. Pour l’histoire, j’ai créé mon compte soundcloud au tout début, et je crois que j’ai le droit de mettre beaucoup plus de musique que si tu crées un compte maintenant. J’ai recréé des comptes après, j’ai même eu un compte pour un label à l’époque, où je payais, et je pouvais mettre moins que sur mon compte d’origine. Du coup j’ai trop ce truc où je partage, je fais un truc, j’enregistre à l’arrache, des fois c’est juste pour faire écouter à des potes à moi qui font de la musique aussi. Je m’en fiche je n’ai pas du tout de problème avec ça, même si ce n’est pas fini. Pour moi Soundcloud fait partie du grand truc Internet c’est rigolo, et on s’en fiche.

Des fois je réécoute des trucs que j’ai upload, je me dis merde c’est horrible ce truc et j’efface, je remets, je change des trucs, c’est le brouillon quoi, j’aime bien ce côté là.

SweetLife : Tu vas faire un live ce soir après ton B2B avec Jaquarius, c’est quoi ton setup ?

Voiron : Là c’est très réduit, j’ai abandonné le live 100% machines que j’avais avant, j’ai remis l’ordinateur dans les tuyaux parce que vu que je travaille à côté (Voiron est barman, ndlr), je n’ai pas assez de temps pour ne faire que ça. De toute façon en studio je bosse à fond avec l’ordinateur, avant je bossais à fond avec l’ordinateur mais j’essayais de n’utiliser que des machines en live, mais j’avais presque l’impression de me mentir à moi même, genre street crédibilité d’avoir des machines. Du coup j’ai remis l’ordinateur, en plus je suis trop fan d’Ableton. Donc ce soir c’est juste un ordinateur, un synthétiseur Elektron Analog 4 que j’adore parce que justement il y a une interface qui permet de travailler dessus avec l’ordinateur, il y a un pont entre l’analogique et l’ordinateur… Je sais pas comment expliquer.

Jaquarius : En gros, c’est une synthèse analogique pilotée numériquement et il y a une interface sur ordinateur qui est très bien conçu.

Voiron : C’est ça que je recherche, j’aime bien que ce soit efficace. Plus j’ai de synthés moins je fais de musique sérieusement. Pour en revenir au setup c’est juste un contrôleur MIDI (Novation Lauchcontrol XL), un Elektron Analog 4 et un ordinateur. Avant j’avais un clone de TB 303 pour tous les trucs acid. En l’occurrence mon clone a lâché la veille de mon dernier live du coup j’utilise un plug-in (ABL 3 de Audio Realism) qui sonne mieux que les clones, donc je pilote ce VST en MIDI avec un contrôleur.

Je suis assez fainéant de branchement, même dans la façon de produire, il faut que ça aille vite, et plus ça va plus je réduis mon setup live et studio, je me rends compte que je produis plus quand ça va vite et que c’est efficace.

SweetLife : Tu as à ton actif des grosses sorties sur Concrete music, Cracki records, récemment Nocta Numerica Records avec l’EP VOIRONIZER, c’est quoi la suite pour toi ?

Voiron : Un Various Artists sur Nocta Numerica, il y a 6 titres, ça sort en vinyle, et j’ai un morceau dessus qui s’appelle Voiron Augmenté, comme les humains augmentés. J’ai décidé de mettre Voiron dans tous mes titres de morceaux à partir de maintenant (Il rigole). Je fais aussi un split (Une face chacun, ndlr) avec un ami à moi qui s’appelle Botine sur Acid Avengers. J’ai une face, pour le coup ce sont des morceaux très bourrins, techno, et l’autre face, Botine, c’est plutôt émo, psychédélique, assez mental, il va être très bizarre ce disque. Les morceaux s’appellent OMG VOIRON et l’autre WTF VOIRON, même les titres sont bourrins.

Sinon, dans les tuyaux il y a un remix pour Canblaster, un mec dont j’adore la musique, ils m’ont proposé ce remix sur Pelican Fly, le label belge tenu par Dj Slow. Je suis en retard mais je vais le faire. Normalement il y a aussi un split avec Marco Bernardi, un mec qui a sorti des trucs sur White Noise, le label de Dave Clarke, un morceau qui s’appelle My New Juno, je pense qu’il venait juste d’acheter un nouveau morceau sur Juno et il a fait un truc hyper badass avec une grosse bassline, j’aime bien ce qu’il fait.

Il y a aussi toujours ce vieux projet de faire un album sur Cracki, un peu plus electronica, melodic, triste, mais vu que je travaille à côté je n’ai pas beaucoup de temps.

SweetLife : C’est quoi Infoline ? Un projet de label qui n’a pas abouti ?

Voiron : C’est la catastrophe. C’est un label que je devais faire avec un pote, on avait un groupe qui s’appelait HTPP, pour House to the People. C’était un groupe avec un pote qui s’appelle Benjamin qui est pour moi un des meilleurs producteurs de musique techno en France, il ne finit jamais ses morceaux mais il est vraiment très doué. Depuis il a eu un gosse, on a arrêté de faire la musique ensemble. On devait sortir un Various Artists avec mes potes de l’électro, maintenant il y en a un qui est un peu connu qui s’appelle UVB. Je devais sortir ce truc, tout était presque bouclé, ils avaient tardé à m’envoyer les morceaux, j’avais pris les rendez-vous pour le mastering, tout était plié, et la veille d’y aller je n’avais pas reçu les morceaux et je me suis défilé, en me disant que c’était trop tôt. J’ai mis le truc de côté, et au final c’était tombé à l’eau, on avait un peu enterré le truc.

Mais on va reprendre très prochainement grâce à un ami qui tient le blog 33RPM+8%. Il va m’aider à avoir ce côté consciencieux quand on fait un label car moi quand il s’agit de faire des papiers… En plus avec le travail ça dort un peu, mais on va reprendre sérieusement très prochainement. On avait abandonné l’idée de faire du vinyle mais on a changé d’avis. Moi je ne suis pas du tout puriste des vinyles, j’en ai même rien à faire mais malheureusement j’ai l’impression que la seule façon pour que les gens prennent une sortie au sérieux c’est d’avoir un disque.

Jaquarius : C’est bête à dire mais c’est un support qui est figé dans le temps. Avec internet, tout a tendance à disparaître. Avec un vinyle, cela crédibilise à fond ton projet, au niveau des démarches engagées, de l’argent, du processus qui est quand même long.

Voiron : Je trouve cela dommage parce qu’une sortie internet ça peut être super cool aussi. J’ai des copains qui s’appellent PERMALNK à Paris. Ils ont lancé un petit label à Paris, ils sont bien dans le délire internet à fond, et eux ils sortent des clés USB, très design. Mais moi j’ai rien contre une sortie purement digitale sur bandcamp.  

Jaquarius : Il ne faut pas oublier qu’il y a clairement un « revival » par rapport à ça, et puis quand tu as ton disque entre les mains il y a quand même un petit plaisir en plus..

Voiron : Pour la petite anecdote, je n’ai jamais écouté de ma vie un de mes disques sur une platine vinyle, j’en ai jamais eu l’occasion. D’ailleurs le Concrète je ne l’ai jamais eu entre les mains (Rires), ils ne me l’ont jamais filé. J’ai les disques chez moi, j’en file un à ma mère à chaque fois car je sais qu’elle elle va les garder, mais je n’ai jamais écouté un de mes disques. C’est pas du mytho (Rires).

SweetLife : Avec quels artistes aurais-tu envie de collaborer dans le futur ?

Voiron : Je suis très mauvais pour les collaborations, à chaque fois que j’ai essayé cela n’a pas abouti. J’ai beaucoup de potes qui sont passés chez moi pour essayer, même avec mes potes de Minimum Syndicat on a déjà essayé, sans grand succès. La seule personne avec qui j’ai réussi à faire de la musique c’est justement Benjamin dont on parlait tout à l’heure, on a la même façon de travailler.

J’aime bien être tout seul pour produire, le matin, de 8h à 16h. Si je devais choisir une collaboration ce serait plutôt une voix. Mon rêve absolu ce serait la voix de Beta Evers, une fille qui faisait des trucs sur Kommando 6, elle a une voix de sorcière super belle, très dark. Et si j’avais plein de pognon, mon rêve secret ce serait de faire des trucs un peu comme Jeff Mills et Derrick May avec les orchestres philharmonique, enfin plutôt avec une chorale. Un live techno avec des choristes, avec de belles nappes magnifiques, dans le fond d’une église avec une reverb incroyable.

SweetLife : Sur ta bio, on peut lire que ta musique oscille entre 0 et 1 milliard de BPM, mais si tu devais choisir un BPM ?

Voiron : 130 j’aime bien. Quand je mixe en général c’est à 130, mes lives d’avant étaient à 130. Après le BPM ne veut pas dire grand chose, ça n’a aucun rapport avec l’intensité. Il y des trucs très lents et surpuissants, j’adore aussi les trucs à 160…