Les grandes villes européennes multiplient les initiatives en faveur de la vie nocturne.

Amsterdam : ses canaux, ses vélos… et sa vie culturelle et nocturne à en faire pâlir les autres capitales européennes. Depuis quelques temps, la ville aux trois « X » fait beaucoup parler d’elle en enchaînant les délivrances de la fameuse licence 24h, permettant à un lieu de rester ouvert tout le weekend non-stop sans interruption. Ainsi, depuis 2013, ce sont neuf lieux* qui ont obtenu le graal, dont l’A’dam Toren, le temple de la musique s’élevant sur 22 étages. En sous-sol se situe le fameux club « Shelter », que nous avons pu expérimenter lors de la venue du label Pole Group (Oscar Mulero, Reeko). Tant qu’on y est, on peut souligner ce lieu à l’ambiance atypique, à la fois dark et cosy, permise grâce à un système son exceptionnel, un jeu de lumière sobre et millimétré collant parfaitement à son image underground, et un accueil des plus sympathique (et ça, ça compte).

Les autorisations 24h ont fleuris grâce notamment au travail du « nachtburgemeester » (maire de nuit) de la ville, Mirik Milan, qui est le principal interlocuteur entre les acteurs de la nuit amstellodamoise et la municipalité depuis 5 ans. Il fait également parti du comité d’experts qui délivre la licence, sous condition que le projet soit enrichissant pour la vie nocturne (et diurne !) de la capitale. Le succès de son travail a poussé d’autres villes dans le monde à véritablement considérer la nuit comme un secteur à part entière. En France, cela s’est traduit par l’apparition d’un conseil de la nuit et d’un poste de délégué en chargé de la nuit à Paris, ainsi qu’un poste de maire de nuit à Paris, Toulouse et Nantes.

Amsterdam est un modèle en terme d’offre culturelle et d’accueil du public. Sans langue de bois, la mairie assume pleinement sa volonté de proposer une vie nocturne « animée et passionnante ». Au pays du pragmatisme, sortir la nuit n’est pas le fait d’une jeunesse décadente et nuisible, mais est au contraire l’expression d’une population (pas uniquement jeune !) dynamique et friande de découverte artistique. La ville bénéficie ainsi d’un fort développement économique et touristique, et veille en parallèle à préserver les riverains de toute nuisance potentielle (un critère mis en avant pour se voir attribuer la licence 24h) : un système gagnant pour tout le monde.

Encore une fois, Amsterdam inspire : en France, la première licence 24h a été attribuée la semaine dernière au club parisien Concrete, qui jusque là devait couper le son pendant 30 mn à 7h du matin et arrêter de servir des boissons 1h30 avant la fermeture. Une situation ridicule qui empêchait notamment les artistes de dépasser leur créneau horaire imparti en cas de dancefloor survolté. Comme pour rassurer les plus réactionnaires réfractaires (on est quand même en France…), la mairie précise via son délégué en charge de la nuit : « Nous avons exigé la poursuite des campagnes de prévention, notamment sur l’alcool, la drogue et les MST, ainsi qu’une augmentation du personnel, afin que ce passage aux 24 heures ne rende pas les conditions de travail plus pénibles. Nous sommes intransigeants sur ces sujets ». Une mise au point sans doute utile pour prévenir tout raccourci.

Et comme pour la capitale néerlandaise, d’autres licences 24h devraient progressivement être attribuées dans les années qui viennent, la mairie ayant ouvert la porte à toutes nouvelles candidatures. Il semble donc que nous ayons enfin emboîté le pas des autres grandes capitales européennes, notamment Amsterdam (mais aussi Londres et Berlin). Cette décision étant prise localement (préfecture et mairie) on attend maintenant d’autres annonces de la part des grandes villes du paysage nocturne français (et pourquoi pas concernant d’autres lieux que des clubs !), afin de participer à ce mouvement mondial de développement culturel.

 

* Les huit autres lieux amstellodamois  ayant obtenus la license sont :

  • De School, un espace culturel la semaine, une boîte de nuit underground le weekend
  • NachtLab, un espace réservé aux artistes, comprenant notamment l’excellent club Warehouse Elemenstraat
  • Tolhuistuin, un lieu mixte offrant restauration, bar, salle de concert
  • De Overkant, une ancienne usine réhabilitée qui accueille notamment des festivals
  • DOKA, un bar/club
  • De Koning Party & Events, une salle de réception de luxe
  • Radion, une ancienne université devenue espace culturel
  • et Ven Amsterdam, un nouveau complexe hétéroclite proposant des espaces de travail, de culture et de détente.

Sources : nachtburgemeester.amsterdam, Trax, Ville d’Amsterdam (Néerlandais)

Photo : Flickr (Andreas Dantz, CC)