On vous l’annonçait il y a quelque mois, le BPM Festival, véritable institution de la techno originaire du Mexique, débarquait en Europe pour 4 jours et 4 nuits de fête sur les plages du Portugal. Nous avons donc fait cap vers le sud de l’Europe en ce début septembre pour vérifier si ce mastodonte réussissait bien sa rentrée des classes.

L’expérience fait la différence

Les 3 lettres du BPM (l’abréviation française pour Barmans, Producteurs, Musiciens) nous renvoient dans notre imaginaire à ce festival mexicain connu et déjà reconnu malgré son relatif jeune âge (2008). En nous rendant au Portugal, nous avions donc placé la barre très haut, notamment pour ce qui est de l’ « expérience festivalier » si chère à nos yeux. Et sur ce point, nous n’avons pas été déçu. Avant de développer, rapide rappel du déroulement des hostilités : le festival, ouvert chaque jour de 12h à 7h, proposait plusieurs « showcases » organisés par des labels et des collectifs. Ces évènements prenaient place dans 7 lieux répartis dans la ville balnéaire de Portimaõ (côte sud du Portugal), dont 3 ouverts le jour et 4 la nuit. Ces lieux n’étaient autres que des bars et des clubs de la ville (mise à part le Centre des Congrès qui accueillait les plus grosses soirées), idéal pour découvrir le folklore local.

Comme nous aimons le souligner régulièrement, un festival n’est pas simplement une succession de performances musicales, mais une véritable expérience que nous voulons la plus parfaite possible. Chaque détail influence cette expérience, du temps de queue pour les toilettes jusqu’au sourire du barman. Et pour cela, le BPM marque des points : muni de notre bracelet 4 jours, nous pouvons circuler librement et facilement entre les différents lieux de fête, tous accessibles à pied (à part encore une fois le Centre des Congrès). A notre grande surprise les fouilles aux entrées sont faites par la police locale, mais de manière très professionnelle et courtoise. A l’intérieur, de très nombreux bars et guichets cashless rendent inexistante la moindre queue, et le staff est aussi efficace que souriant. Les consos sont un peu chères (5€ le demi), mais paraît-il qu’on a rien sans rien…

Plage et tech-house au soleil

De midi à minuit, les showcases se déroulent dans deux clubs de luxe situés directement sur la plage et un bar aux allures plus champêtre surplombant les falaises : la carte postale prend vie.

Le premier club est le Blanco Beach, boîte dont on devine l’orientation « jet-set » au vu du complexe, et qui a laissé les commandes à deux gros labels pour les journées de jeudi et samedi : Stereo Production avec entre autres Chus & Ceballos et Dennis Cruz; puis Elrow représentés par notamment Paco Osuna et Marc Maya. On regrettera l’impossibilité d’accéder à la piscine, cet espace ayant été transformé en carré VIP dont le prix d’accès allait de 1 500€ (canapé) à 10 000€ (table)… à ce prix là on est mieux sur le sable !

BPMPT17-Sept16-Day-BlancoBeach-elrow-PF-4Photo : le Blanco Beach lors du showcase d’Elrow (Pedro Francisco)

Le second club est le No Solo Agua, qui a l’avantage supplémentaire de donner accès directement à l’océan. Des maîtres nageurs ont même été embauchés pour permettre de piquer une tête tout en profitant du son. Côté programmation, le club était également mieux loti avec les showcases de Warung le jeudi qui invitait Agoria et Guti (en live), une soirée Paradise le vendredi avec Jamies Jones B2B Loco Dice, Patrick Topping et Ida Engberg puis pour finir le dimanche où étaient notamment invités Richie Hawtin, Seth Troxler et Apolonia. Autant vous dire que le sable s’est tassé !

BPMPT17-SEPT15-DAY-NOSOLOAGUA-Paradise-DUARTEMORAIS-38 (1)Photo : le NoSoloAgua lors du showcase Paradise (Duarte Morais)

Le dernier spot de jour était résolument notre préféré : il s’agit du Cloque Bar, perché sur les falaises et éclairé par les dernières lueurs du soleil couchant. Un endroit féérique où l’ambiance cocooning proposait une alternative aux tumultes des deux autres clubs. La nuit tombée, les palmiers faisant office de fond de scène naturel prenaient vie en changeant de couleur. Les DJs, imprégnés de l’atmosphère, nous ont enivré avec des sets tech-house/deephouse très mélodiques, à l’image de celui de Audiofly qui nous a littéralement fait voler au dessus de l’océan.

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Photo : le Cloque Bar (auteur)

Nuit et techno en boîte

A partir de 22h, les spots de nuit situés en centre ville ouvraient leurs portes. Nous avions le choix entre 2 boîtes de Portimao, Katedral et Oceans Club, toutes deux situées sur le front de mer. Elles nous proposaient une programmation de qualité avec quelques têtes d’affiche telles que POPOF, Julian Jeweil, Serge Devant et Stefano Noferini, mais surtout de nombreux DJs moins célèbres. Un troisième lieu plus intimiste était situé au coeur de la ville, notre préféré : la Mariazinha Villa, sorte de bar ouvert sur une large terrasse extérieure où étaient placés des canapés, le tout soigneusement décoré et éclairé. Au programme, trois soirées gratuites et donc ouvertes aux non porteurs d’un pass festival : un beau geste pour les locaux curieux.

BPMPT17-Sept14-Night-Katedral-FORMMusic-POPOF2-DM-29Photo : la Katedral lors de la soirée FORM (Duarte Morais)

On appréciera cette possibilité de rester en ville, bien que les programmations de ces soirées n’avaient pas de quoi concurrencer celles du Centro des Congresso qui se tenaient à quelques kilomètres.

Pour s’y rendre, il fallait prendre la navette, facturée 40€ pour les 4 soirées (ouch). De notre côté, nous avons préféré partager un Uber à 4, pour quelques euros seulement… Arrivée sur place, pas de surprise, on est dans un complexe classique type parc des expositions où trois salles sont ouvertes. A l’extérieur, un petit couloir d’herbe accueille des food trucks et des tables. Plusieurs showcases sont organisés sur les quatre soirées [attention belle brochette d’artistes à venir] : l' »Opening Night » avec notamment Jackmaster et Eats Everything, « Back to the Future » avec Paul K, Pan Pot, Chris Liebing et Butch, « ANTS » avec Andrea Olivia, David Squillace, Matthias Tanzmann…, « Social Experiment » avec Art Department, Martin Buttrich…, la fameuse « YA’AH MUUL » party du BPM avec Dubfire, Hot Since 82, Carlo Lio… et encore d’autres showcases avec aux commandes Alan Fitzpatrick, Victor Calderone, De La Swing et bien d’autres.

BPMPT17-SEPT16-NIGHT-CONGRESSO-YAAHMUUL-SteveLawler- PF -11Photo : la salle Theatro du Centro des Congresso (Steve Lawler)

Pour en profiter, il aura fallu quitter le centre ville et ses plages pour aller s’enfermer dans cet immense complexe dénué de charme (exception faite de la scène en photo ci dessus, simplement décorée mais très réussie !). A l’intérieur de ce bunker, le son était tout simplement exécrable, avec une configuration beaucoup trop ambitieuse pour la petite taille des salles : on n’arrive toujours pas à comprendre le choix des organisateurs de positionner des enceintes longues portées (« line array ») en quatre points (deux en façades + deux à l’arrière de la salle), ce qui donnait un son largement trop puissant sans même le rendre qualitatif. Le premier soir (le moins bien réglé), on croisait de nombreuses personnes faisant la grimace ou les mains sur les oreilles… Dernier point négatif qui a fini de nous décevoir du lieu : aucun coin « chill » n’était prévu, alors que la place ne manquait pas. A l’heure où les jambes s’alourdissaient, les visiteurs n’avaient donc d’autres choix que de s’assoir par terre.

IMG_0366Photo : l’espace chill officieux du Centre des Congrès (auteur)

Grosse déception et double peine pour cet endroit qui accueillait les meilleurs soirées…

Pour autant, notre avis sur l’ensemble du festival reste extrêmement positif : aller en festival pieds nus, danser sur le sable face à l’océan, boire une bière au coucher de soleil perché en haut d’une falaise… Des moments magiques dans un cadre d’exception. Les points négatifs, concernant la qualité du son décevante et la concentration des meilleurs évènements de nuit au Centre des Congrès, restent des détails qu’on mettra sur le compte de la première édition. Et avec un premier essai si bien réussi, on a hâte de voir les suivants.