Rédigé par Cindy Voitus

« Les gens… Vous… Nous… Nous sommes ensemble…
Je veux dire qu’il y a 25 ans… Je ne sais pas quel âge vous avez aujourd’hui, mais il y a déjà 25 ans, j’étais ici pour jouer de la techno !
Time Warp est une institution, elle symbolise la qualité, un mode de vie et l’amour. Merci pour tout !
Vous voyez ce gars-là, Steffen Charles [fondateur de Time Warp], je jouais dans un club dans les années 80, il était sur le dancefloor et il m’a dit “Un jour, je vais créer le plus grand festival de techno !” », tels sont les mots de Sven Väth à la fin de son set sur l’une des scènes principales du festival. Ils représentent assez bien l’esprit Time Warp.

 

Sven Väth – Time Warp 2019 © Cindy Voitus

 

Ainsi, la 25e édition s’ouvre avec le countdown de Chris Liebing à l’entrée du Maimarkthalle à Mannheim, une ville proche de Francfort. C’est parti pour 19 heures de techno non-stop regroupant la crème de la crème sur sept scènes !
Transcendant le temps et l’espace à l’écoute des remarquables habituels Laurent Garnier, Sven Väth, Solomun, Carl Cox, Richie Hawtin… on continue ce voyage avec l’énergique Amelie Lens, le remarqué B2B entre Nina Kraviz et Helena Hauff, ainsi que la fougue de Charlotte de Witte. La famille de Time Warp s’agrandit à l’infini.
Cette ambiance est symbolisée par l’extase de Laurent Garnier aux commandes du Floor 5 pendant 7 heures de set au lieu des 5 heures initiales ! Cette scène a pour spécificité d’être couverte par un toit translucide laissant passer les rayons solaires, qui baignent tout à coup les festivaliers dans une lumière glorieuse. Ainsi de la nuit, se lève magiquement le jour sur un public qui prend son pied !
Danser et s’immerger corps et âme dans un univers musical pendant 19 heures non-stop, mêlé à une foule provenant de France, du Portugal, du Royaume-Uni… et d’Allemagne, n’est pas sans rappeler le fameux « We dance together, we fight together », car ce sont plus de 18 000 ravers qui dansent pacifiquement tous ensemble et ne font qu’un.

Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Adam Beyer – Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Carl Cox – Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Pan-Pot – Time Warp 2019 © Cindy Voitus

Malgré les critiques que l’on peut parfois entendre selon lesquelles le line-up est le même d’année en année, Steffen Charles se confie dans une interview accordée à Jordan Rothlein de Resident Advisor en 2015 et s’exprime sur le fait que la programmation de Time Warp s’est toujours voulue composée d’artistes avec lesquels l’équipe bâtit de forts liens et des coopérations à long terme.
Time Warp est né en 1994 en Allemagne. Depuis 25 ans se réunissent des amis sur scène, les festivaliers y vivent leur amour pour la musique et tout le monde y trouve son bonheur dans un espace unique voguant de scène en scène. Exécuter le même festival pendant aussi longtemps génère une bonne expertise basée sur beaucoup de travail et d’efforts investis. C’est une valeur sûre !
Time Warp est un rendez-vous annuel, autant pour le public que les musiciens, il survit à la concurrence depuis plus de deux décennies ! L’optique n’étant pas de se diversifier (en proposant d’autres styles musicaux), mais de maximiser les connaissances techniques et artistiques, notamment maintenir de forts liens avec tous les headliners afin de porter le concept Time Warp au-delà de Mannheim (Time Warp Italy en 2011, TW Buenos Aires en 2016, TW São Paulo en 2018…).
Durer aussi longtemps dans un paysage musical où les festivals se font et se défont aussi vite que le souffle du vent est une prouesse !

 

Adam Beyer – Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Solomun – Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Amelie Lens – Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Maceo Plex – Time Warp 2019 © Cindy Voitus
Time Warp 2019 © Cindy Voitus

 

Petit retour sur cette 25e édition de Time Warp à travers les yeux rêveurs et la plume touchante d’un festivalier nommé Romain Brignier :

« Ça fait 6 ans que la techno est devenue une de mes plus grandes passions. Quand j’ai vu l’affiche anniversaire des 25 ans de Time Warp, je n’ai pas résisté très longtemps avant de convaincre mon meilleur pote. Je me suis souvenu d’un épisode de “It Is What It Is, dans lequel Laurent Garnier avait joué un set enregistré à Time Warp. Il racontait avec émotion l’ambiance qui règne sous cette bulle de verre à Mannheim quand le soleil se lève et que le dancefloor se déchaîne.
Les billets en poche, le plan était simple : départ samedi 15 h de Paris, retour 20 h le lendemain. Pas de chambre d’hôtel, juste des bouchons d’oreilles. On arrive avec une seule chose en tête : 5 h du matin, Laurent sur le Floor 5 ! Bizarrement, tout passe très vite. On enchaîne Recondite, Pan Pot, Adriatique, Carl Cox, Maceo Plex, Amelie Lens… Il est 5 h, Mannheim s’éveille et l’on part sur le Floor 5 pour vivre ce qui va devenir, au fil des tracks, le plus beau moment musical de notre vie.

Laurent Garnier. À gauche, DJ Karotte. Time Warp 2019 © Cindy Voitus

Les premières lueurs du jour apparaissent et là Laurent commence à jouer avec le public. Il lâche ce remix de Jean-Luc Ponty “Computer Incantations for World Peace” vers 6 h 30, qui me met une claque monumentale. À partir de là vient le temps des classiques qui réchauffent la salle : Donna Summer, Oxia, Guy Gerber, Satoshi Fumi et tous les titres mythiques de Garnier : “The Man with the Red Face”, “Jacques in the Box”, “Crispy Bacon”. Les gens chantent, dansent, se regardent et sourient. À ce moment-là, on commence à réaliser qu’on vit quelque chose de grand.

Puis il y a cette demi-heure. Cette dernière demi-heure (officielle) où je craque complètement… L’enchaînement de Joe Smooth, Larry Levan, Sylvester, Kölsch, m’est fatal. Les larmes me viennent d’un coup tellement le moment est beau. J’ai l’impression d’être un gosse devant son idole. J’ai envie de me souvenir de chaque seconde de ces trente minutes alors je me retourne et je regarde les visages, le plafond, le soleil. Je dis à mon pote : “j’espère que tu réalises que ce qu’on est en train de vivre est incroyable !”

Et quand on croit que tout va s’arrêter, un des orgas vient lui demander de jouer une heure de plus. J’exulte comme à peu près tout le monde dans la salle. Laurent reprend en B2B avec Karotte. La foule les suit dans ce voyage sonore.
Cerise sur le Garnier, l’orga commence à jeter des t-shirts sur lesquels il est écrit “Thank you Laurent for 25 years”. Le souvenir d’un bout de l’histoire de la musique électronique qui vient de s’écrire devant nous. C’est dingue !

On croit que le set va se terminer sans en avoir envie une seule seconde. Laurent repart. Il joue les titres de son premier Time Warp. Au milieu de tous je reconnais “Hardfloor”. On est définitivement plongés dans un livre d’histoire. Une histoire qui se termine finalement dans un immense bordel où tout le monde perd pied et secoue la tête quand MONSIEUR GARNIER clôture son set sur “Out of Space” de Prodigy.

Il est midi. Je m’écroule sur la piste pour prendre des photos de ce moment avec mes yeux. J’essaie de savourer chaque seconde. Je mettrai quelques heures à retomber et peut-être toute ma vie à m’en remettre. »

 

Time Warp : dans l’antre d’un géant de la techno depuis déjà 25 ans ! | Pan-Pot. À gauche, Maceo-Plex – Time Warp 2019 © Cindy Voitus