Cette année, le Château Perché a eu lieu à l’Arboretum de Balaine dans l’Allier du 25 au 28 juillet sur le thème « Les insectes pullulent au Paradis ». Désormais récurrents, des problèmes d’organisation se sont encore produits cette année. Néanmoins, le festival a réussi à garder son essence enchanteresse et nous a une nouvelle fois transporté dans son univers hors du temps.  Comment s’est déroulée cette 6ᵉ édition ? Reportage.

Une arrivée tumultueuse et longue, très longue…

Le Château Perché est désormais connu pour sa scénographie magnifique, son éclectisme artistique et les domaines châtelains si singuliers dans lesquels il prend vie chaque année. Malheureusement, il commence également à être connu pour ses problèmes d’organisation et cette année n’y a pas fait exception. En effet, arrivés vers 15h30 pour une ouverture prévisionnelle du camping à 16 heures, il a fallu attendre environ 3 heures pour pouvoir accéder au parking. Heureusement, l’attente s’est faite dans une bonne ambiance malgré un soleil de plomb : les festivaliers sont souriants et respirent la bonne humeur, ils font connaissance avec leurs voisins et commencent l’apéro tranquillement en partageant des souvenirs. Toutefois, l’absence de communication sur les causes de ce retard est regrettable.

Aux alentours de 18h30, le parking s’ouvre. Enfin !

Le contenu des voitures est brièvement examiné afin de s’assurer de l’absence d’objets interdits tels que le verre ou les réchauds. Ensuite, les véhicules affluent tranquillement et se garent au fur et à mesure en lignes. Au loin, une foule de personnes attend de manière désordonnée pour accéder au camping. Cette masse informe s’explique par un nombre insuffisant de barrières délimitant des files, à peine plus longues qu’une dizaine de mètres, supposées pouvoir gérer des centaines voire des milliers de festivaliers chargés avec leurs équipements.

Une fois dans la « queue », rien ne bouge, tout est figé. La sécurité ne fait entrer personne et, rebelote, aucune information n’est communiquée. Plus tard, on entend des rumeurs de festivaliers expliquant que le retard d’ouverture est du à la commission de sécurité préfectorale qui n’a pas encore donné son aval pour ouvrir le camping… À qui la faute ? On ne le saura jamais. Sont-ce les organisateurs qui n’ont pas respecté les mesures contenues dans l’autorisation préfectorale délivrée ou est-ce la préfecture qui a exigé de nouvelles mesures le jour même en prenant de court les organisateurs de bonne foi ? Après 4 heures d’attente interminable sous le soleil, à cause de la commission préfectorale puis d’une gestion des flux extrêmement lente par le service de sécurité, on réussit à accéder au camping ; il est 22h30.


Un camping agréable

Contrairement à l’année dernière, le camping a été mieux géré : les zones sont bien délimitées et indiquées et les points d’eau, les toilettes et les douches sont accessibles à tous de manière égale. En revanche, un nombre plus élevé de ces installations aurait été appréciable. Malgré ça, le camping est plaisant : les points d’eau et les douches sont généralement fonctionnels et les toilettes sèches , entretenues par une entreprise, restent propres.

Autre point positif pour le camping : sa scène gérée par le collectif allemand Naked Jacket. Bien positionnée à côté des stands de restauration et à l’extrémité du camping, elle a été source d’une réelle animation. Du son majoritairement techno, de la vente d’accessoires bondage, des massages à prix libre et des spectacles bondage artistiques, elle a su attiser la curiosité et garder un public en permanence.

credit: Leviet

Quant aux stands, une partie de ceux-ci est installée sur le camping. L’autre partie est située à l’intérieur du festival, juste après l’entrée. L’offre y est variée et vendue à prix corrects : falafels, poulet frites, woks et beignets de légumes, smoothies aux recettes originales, shots de gingembre et citron etc.

Un festival globalement bien géré et fortement immersif

L’organisation du festival a été plutôt bonne dans l’ensemble : la gestion des flux semble maîtrisée, les toilettes sont bien réparties et en nombre adéquat, les stands de cashless sont suffisamment nombreux et les bars sont également présents dans tout le festival mais s’accompagnent d’un peu d’attente aux heures les plus intenses.

Quant aux indications, convenables en journée, elles brillent vite par leur insuffisance en pleine  nuit. Il est courant de se perdre pour aller d’une scène à une autre ou pour sortir du festival. Cela peut prendre parfois une bonne quarantaine de minutes voire plus si on ne bénéficie pas d’un sens de l’orientation affûté pour retrouver la sortie.

Malheureusement, le temps n’a pas été clément et pour la dernière soirée, la moitié des scènes a du être fermée pour cause de fortes pluies, supprimant au passage certaines prestations artistiques. Est-ce que cela aurait pu être évité par une meilleure anticipation et organisation ? On ne le sait pas. Néanmoins, on salue les équipes de Perchépolis qui ont malgré tout réussi à sécuriser le site et à maintenir ouvertes les scènes les plus facilement accessibles, permettant ainsi au public de continuer à danser malgré une pluie très dense dans la nuit de samedi à dimanche.

S’agissant du lieu, le charme de l’Arboretum de Balaine est irrésistible. Le domaine châtelain est grand et très hétérogène dans sa composition : des grands espaces accueillent les deux plus grosses scènes à l’entrée dont le Lavoir d’antan adossé à l’étang (le cadre est splendide) ; des espaces boisés et accessibles par des chemins sinueux couverts par une végétation luxuriante sont investis par les autres scènes et une scénographie incroyable tandis que des aires plus petites et délimitées par quelques arbres et arbustes s’intercalent entre ces différents paysages.

credit: Leviet

En matière de scénographie, cette année a encore été exceptionnelle. C’est l’un des atouts indéniable du Château perché. Le lieu a été extrêmement bien exploité : des arbres sont parés de luminaires et décorations suspendues en tout genre ; les chemins sont éclairés par des lumières atypiques – l’un d’eux nous a particulièrement marqué par ses lumières tubulaires et triangulaires clignotantes de manière incessante et nous faisait ainsi perdre nos repères géographiques et parfois notre équilibre ; les espaces sont occupés par des créations curieuses et attirantes telles que l’araignée géante, la bête située dans les douves ou encore une tente tapissée de peintures lumineuses à contempler par le prisme de lunettes 3D mises à disposition ; le château est le support de magnifiques fresques lumineuses projetées sur ses murs ; et des fleurs, des plantes et des insectes aux couleurs vives ornent les recoins de l’arboretum.

 

credit: Le viet

 

credit: Leviet

Quant aux scènes, elles sont toutes un régal pour les yeux. Le Lavoir d’antan se démarque par ses jeux de lumières essentiellement axés sur un nuage de fumée quasi-permanent la nuit, la Plaine intègre un gigantesque arbre de l’Arboretum à ses décors, le Dôme blanc attire par son architecture singulière mais notre coup de cœur se porte sur la Chapelle mystique avec sa cabine de DJ en forme de chapelle accompagnée de deux grandes statuts angéliques surplombant la foule. Et que dire de sa localisation parfaite ! Perdue au milieu des arbres occultant le reste du festival, elle offre une immersion complète des festivaliers dans son univers où la techno est la seule et unique religion.

Toute cette atmosphère a été sublimée par les festivaliers qui ont sorti un florilège de parures embellissant et dynamisant cette scénographie onirique. Le premier soir, on a pu y voir une faune riche virevolter entre les végétaux : abeilles, papillons, chenilles et insectes non-binaires encore non découverts même par les meilleures entomologistes mondiaux. Le deuxième soir, les insectes ont laissé place à des toges de toutes sortes : blanches, pourpres, noires, romaines, asiatiques, etc. Pour le troisième soir, les lumières des lucioles se sont allumées sur les festivaliers formant ainsi des nuées et des essaims scintillants dans la nuit profonde. Pour enrichir encore plus ce panorama fantastique, de nombreuses autres créatures ont pu être aperçues au-dessus des têtes, venant elles aussi participer à cette célébration des arts et du vivant : des méduses radieuses flottant dans les airs au rythme des vagues sonores ; des ombrelles électroluminescentes coiffées de voiles filamenteux  et incandescents ; et des ballons phosphorescents dominant les cieux se sont ainsi mélangés pour créer un autre monde au-dessus des têtes des Perchés.

En matière d’activités, la scène Panwuman, mini-festival à l’intérieur du festival, a également été une réussite. Elle a proposé du jeudi au dimanche un peu plus de 70 activités : non-verbal speed dating, fabrication de son propre totem, confection d’attrapes-rêves, séance de yoga, apprentissage du Shibari, création d’un son sur Ableton, apprentissage du drag, bref, il y en a eu pour tous les goûts. Se déroulant majoritairement en journée et en soirée, ces activités ont permis d’offrir de nouvelles possibilités aux festivaliers. On espère que cette idée sera reconduite pour les éditions futures.

 

credit: Kévin Soirat

Par ailleurs, sur le plan musical, les artistes ont proposé des univers variés permettant à tous de trouver son bonheur. On a pu y entendre de la techno et ses sous-genres sur plusieurs scènes, de la house sur la Plaine, un peu d’Eurodance en fin de festival à la Verrière mais également en fin de set  au Lavoir d’antan avec la célèbre chanson de Gala Free from desire qui a galvanisé les foules dans la matinée dominicale, une fanfare en pleine journée mélangeant sons de cuivre et rythmes techno, des anciennes musiques de R&B des années 90, de la musique latine… En bref, l’éclectisme s’est parfaitement manifesté et illustré au travers de la musique diffusée par l’ensemble des systèmes son. 

Finalement, malgré une organisation et une communication qui peuvent/doivent être améliorées, le Château Perché reste un festival dont l’attraction est aussi irrésistible que la force gravitationnelle. Dès les premiers instants au sein du festival, nos doutes quant à notre participation à la prochaine édition à cause des écueils organisationnels initiaux ont vite été anéantis par l’ambiance unique de ce festival français qui nous ensorcelle chaque année. Une atmosphère magique, une scénographie créative et immersive, une forte diversité artistique, un lieu empreint d’originalités et de particularismes, un public globalement bienveillant et agréable à quelques exceptions près, la recette fonctionne toujours aussi bien et nous participerons très probablement à la prochaine édition.

 

Article écrit par Morgan Capon