Impossible de ne pas connaître, au moins de nom, le festival des Trans Musicales : un vieux de la vieille connu et reconnu dans le monde entier pour ses découvertes et son histoire. Habituellement friands de festivals moins exposés, nous avons voulu tenter l’expérience d’un des festivals références de notre pays pour comprendre ce qui le place parmi l’élite. Reportage.

Les Trans, c’est l’expérience

Du haut de ses quarante et une éditions, le festival rennais n’a plus rien à apprendre sur l’organisation de son évènement. Et son expérience se ressent… dans l’expérience festivalière.

Le coeur du festival se tient dans quatre immenses hall du Parc Expo : les organisateurs ont tout de même réussi à gommer tous les préjugés que nous avions sur ce type de lieu.

L’accès d’abord : le lieu étant excentré en périphérie de la ville, des navettes étaient organisées en partenariat avec la société locale de transport. Les bus s’enchaînaient littéralement les uns après les autres à l’aller comme au retour. Nous avons attendu au maximum 5 minutes à la fin de la soirée complète du samedi.

L’ambiance ensuite : les décorateurs ont fait un gros travail pour réussir à créer une atmosphère cosy et agréable. Lumière tamisée, expo photo des éditions précédentes, chapiteau de papiers multicolores, mobilier pour se poser en intérieur et en extérieur, exposition d’art numérique, boule à facette géante… Nous avions même droit à un hall entier pour se poser avec bars, restauration et espaces chill. Le pari est gagné : on se sent finalement très bien dans ces grosses boîtes !

    

La qualité du son : l’ensemble des scènes étaient équipées en line-array L-Acoustics avec caissons de basse suspendus pour un rendu tout simplement digne d’une salle de spectacle, malgré le challenge technique que cela représente.

Un lieu « tout fait » comme celui-ci présente quelques qualités indéniables pour les festivaliers : la présence de nombreuses toilettes, permettant de ne jamais avoir à faire la queue, l’aération parfaitement régulée (ni trop chaud, ni trop froid.. l’air de rien ça compte !) et surtout pouvoir circuler très facilement entre les scènes, même le plus gros soir. Il était par exemple facile d’arriver aux premiers rangs du plus grand hall en passant par l’extérieur, ce qui évitait de devoir se frayer un chemin à travers la foule compacte.

Loin des festivals qui transforment une envie de faire pipi ou une soif de bière en mission impossible, tous ces détails mis bout à bout rendent le festival paisible, agréable à vivre et donc très accessible. Cela explique certainement en partie la diversité du public, et notamment la présence de nombreux adultes ayant pour certains trois fois l’âge des plus jeunes. Nous avons rarement vu un public aussi hétéroclite, la vibe est apaisée et un « esprit Trans » semble se créer.

Le pari d’une programmation nouvelle

Le slogan du festival résume très bien son état d’esprit concernant sa ligne artistique : « Nouveau depuis 1979 ». En effet, les programmateurs vont chercher aux quatre coins du monde des artistes très peu connus mais hautement qualitatifs, et ce dans tous les genres : rock, pop, musique du monde, rap, électro avec cette année une prédominance de ces deux derniers genres.

Le festival programme très peu voire aucune tête d’affiche mais a un nez exceptionnel pour dénicher les talents… qui seront les têtes d’affiches de demain. Le tableau de chasse du festival parle pour lui : Daft Punk (1995), Justice (2006), IAM (1990), Nirvana (1991), Ben Harper (1993), Lenny Kravitz (1989)… A tel point que le festival a sorti son propre jeu de carte dont le but est de programmer les artistes passés aux Trans.

Jean-Louis Brossard, Directeur Artistique et membre fondateur du festival nous confiait : « on parle beaucoup des artistes devenus célèbres qui sont passés aux Trans, mais pas de ceux qui n’ont pas percé et qui pourtant ont fait des concerts exceptionnels dont le public se souviendra toujours ». Car c’est aussi ça les Trans : des artistes que vous n’auriez sans doute jamais eu l’occasion de voir et qui donnent tout pour le plus gros concert de leur carrière.

Cette année, nous avons fait deux grandes découvertes rap : d’abord les ukrainiennes Alyona Alyona (en photo) et leur énergie militante verbalisé par un flow solide.

Autre rappeur qui s’est démarqué, le brésilien originaire des favelas Edgar et son rap écologiste ostensiblement anti Bolsonaro. Roi de la mise en scène, il a réussi la performance de changer cinq fois de costume (fabriqué en récup’) sans sortir une seule fois de scène et a même diffusé un reportage sur un peuple indigène en danger.

Côté électronique, la première découverte est celle du duo colombien Acido Pantera et son électro-latino ultra dansante, et le groupe sénégalais Guiss Guiss Bou Bess qui mêlait acid et percussions africaines pour un mélange aussi surprenant que prenant.

Nous avons également été emballé par le duo Saro & DJ Netik regroupant d’un côté le champion du monde 1999 de scratch (alors tout juste âgé de 17 ans) et de l’autre le beatboxer ayant remporté la couronne de la « Grande Beatbox Loopstation Battle » en 2017.

 

Nous attendions également avec impatience les lives de Darzack et MEZERG dont aucun n’a déçu : le mapping sur écran géant du premier ajoutait une nouvelle dimension à son live agrémenté de percussions, alors que le second a repoussé le closing du Hall 3 avec trois rappels, motivé par le directeur artistique qui en redemandait.

Moment fort du weekend, le trio d’ACID ARAB a déroulé un set puissant et poétique, avec la venue sur scène du chanteur de Raï Sofiane Saidi et des nigériannes Les Filles du Illighadad. Une véritable communion dans un Hall 9 (le plus grand) plein à craquer.

Leur live complet est disponible en replay sur France TV.

Du côté de la GreenRoom, la scène entièrement dédiée aux musiques électroniques et très bien équipée en lumières, nous retiendrons le passage de Shlagga, membre du Metaphore Collectif de Marseille. Là aussi, voyage musical en terres inconnues allant du breakbit au hardcore en passant par de la techno breaké dans tous les sens. De quoi amuser le light jockey pendant 2 heures.

La ville toute entière au rythme du festival

Pendant les Trans, c’est toute la ville de Rennes qui prend part au festival. Pendant la journée, alors que le programme officiel commence en ville dès 14h avec conférences et concerts, une autre association en profite pour organiser un véritable festival dans le festival : Bars en Trans, créé il y a 20 ans par l’association « 3 P’tit Tour », se voit comme le « prolongement légitime » des Trans Musicales. Leur concept ? Mobiliser 15 lieux de la ville (bars, théâtres, café-concert et même piscine !) pour dénicher les « les meilleures découvertes musicales dans tous les styles » en off du festival.

Photo : Les Gérards

Cette frénésie ambiante se confirme le soir, lors d’un détour par la rue de la soif avant de rejoindre les concerts du Parc Expo : tous les bars font le plein et proposent des concerts. Une ambiance joviale de festival qui s’étend donc à toute la ville pendant 4 jours et 4 nuits et qui sera à retrouver du 2 au 6 décembre 2020.

 

Photos et vidéos : auteur (sauf mention contraire).